1831 - 1840

 

 

1837

 

 

Nous avons reçu, mon cher Amédée, avec la lettre de ton frère, celle que tu y avais jointe et qui nous était destinée, mais dont nous navons pu déchiffrer quune partie tant l’écriture en était incorrecte et mal formée. Fais en sorte de tappliquer un peu plus  sur ce point, pour que à lavenir, nous puissions te lire et te répondre.

Tous les détails qui nous ont été donnés  de toi jusquici sont assez satisfaisants. Tu continueras, nous lespérons, à en mériter de semblables par ton travail et ta bonne conduite. Tu reconnaitras aussi les points que Madame de Mauroy te prodigue et lamitié quelle te témoigne en ayant pour cette excellente dame une entière déférence à ses volontés.

Ta maman ta mandé que c’était Vanté dit le papon, mari de la Biot , qui s’était noyé.

Nous ne sommes pas loin, mon cher enfant, dune saison où les habits ne font plus quembarrassant, les tiens dureront peut être bien jusqu’à ce moment où il te suffira dune blouse et dun pantalon. Dans tous les cas  on y pourvoira au besoin, et nous arriverons ainsi aux vacances prochaines où tu reviendras à Verdun te remonter des pieds à la tête, et retremper  un peu ton amitié pour nous. Cest le voeu le plus ardent de ton père et de ton ami

 

Jeandet

 

Ta mère tembrasse ainsi que toutes les personnes de ta connaissance à qui nous avons fait tes compliments.

Ta tante Toutou a toujours une assez mauvaise santé. La maman Satin, Aimé et leurs enfants se portent bien.

Verdun le 10 mars 1837

 

***

 

Nous navons pas eu moins de difficulté, mon cher Amédée, à te lire cette fois que la dernière. Ton écriture est toujours pour nous lobjet dune étude fort longue et souvent infructueuse. Cependant nous y avons découvert avec plaisir que tu désirais ardemment de venir passer les vacances près de nous. Nous navons pas moins envie que toi, mon cher enfant, de nous trouver ensemble. Aussi en ai je écrit à ton oncle qui sy prêtera, je lespère, volontiers.

Pendant ton séjour ici nous travaillerons de temps en temps en sorte que tu ne paraisse avoir rien perdu à ton retour à Paris.

Malheureusement tu ne trouveras sur nos arbres ni poires, ni pommes, ni prunes, mais seulement des feuilles. Jai grandement peur de plus que nous nayons point de raisins. La saison, après trois jours de chaleur, est redevenue très froide, et nous sommes en arrière de plus dun mois.

Adieu, mon ami, continu  d’être sage et laborieux, cest le moyen de satisfaire pleinement aux voeux de ta bonne mère et à ceux de ton père et ami

Jeandet

 Verdun le 1° juin 1837

 

 

 

***

Verdun sur Doubs et Saône

Le 11 Août 1837

 

Mon cher Amédée

 

Nous avons espéré pendant longtemps recevoir une lettre de toi ; ta maman surtout comptait sur une réponse et c’est avec peine qu’elle a vu que tu n’avais pas profité d’une lettre de mon oncle pour lui donner de tes nouvelles. Aussi comme elle n’avait que des reproches à te faire maman n’a pas voulu t’écrire, quoique tu ne nous en ai plus reparlé, nous pensons cependant que tu n’en désire pas moins ardemment de venir revoir tes parents et ton pays. C’est pourquoi comme on te l’a promis nous allons nous occuper de ton départ. Tu prieras donc Madame de Mauroy d’avoir la complaisance de te faire prépare ta petite malle. La cousine Clerget te recommandera à un conducteur qui te fera connaître le jour de ton départ. Tu ne manqueras pas ce jour là de nous écrire un mot pour que nous puissions nous trouver à ton arrivée à Chalon.

Tu n’oublieras pas les deux volumes et les autres objets que tu dois m’apporter et tu m’apporteras de plus un Salluste latin-français, 4 volumes de Tacite qui sont dans mon placard dans la chambre de ton oncle, et trois ou quatre autres petits volumes que ton oncle te donneras pour moi.

Adieu mon cher ami nous t’embrassons tous de tout notre cœur en attendant le plaisir de te voir, ton frère

Abel Jeandet

 

Je suis allé il y a quelques jours chez la maman Patin, tout le monde s’y porte assez bien et t’embrasse.

 

 

Cette lettre d’Abel Jeandet est adressée à Monsieur Amédée Jeandet

Chez M. Chapuis chef d’institution

Faubourg Martin 164

Paris

 

 

 

 

*** 

 

 

 

Verdun 19 décembre 1837

 

Tu dois être bien en colère contre nous tous, mon cher Amédée, de ce que nous avons été si longs à te répondre, mais maman qui voulait  le faire a comme tu sais beaucoup douvrage, mon papa et moi nous naimons pas beaucoup à écrire. Je te dis , comme tu vois, toute la vérité, parce que je sais bien que tu es trop bon garçon pour nous en vouloir, et que cela ne tempêchera pas d’être exact à nous donner de tes nouvelles.

Nous avons été surpris et peinés tout à la fois en lisant ta lettre dans laquelle tu nous parle de lennui que tu éprouves, de limpatience avec laquelle tu attends les vacances. Je pense quaujourdhui tu as repris tes anciennes habitudes de travail et que cet ennui est en partie passé.; Quand aux vacances elles sont encore un peu trop éloignées pour y penser, du reste tu peux être persuadé, mon cher ami, que si par ta bonne conduite et ton travail tu satisfait ton oncle et par conséquent nous tous, tu auras le plaisir de venir lannée prochaine passer encore quelques temps dans ton pays et au milieu de ta famille qui taime, en attendant prend patience , moi même dans peu de temps jirai te rejoindre.

Hier dimanche maman et moi sommes allés aux Bordes voir tonton qui va toujours à peu près de même, le papa Mnonnon est un peu indisposé, tous tembrassent. Hier soir je suis allé sur la levée voir  ?????? et là jai pensé à toi et ton pauvre char à glace qui se rouille, mais console toi car aujourdhui tout est dégelé. Dis bien à mon oncle que je le supplie de ne pas men vouloir de ce que je ne lui ai pas écrit , je compte le faire incessamment ; je te charge aussi de na pas oublier de faire mes compliments à Madame de Nauroy. Je nai point de nouvelles à tapprendre, tu sauras seulement que notre cousin Felix Desuelle est mort dans les premiers jours de ce mois.

Adieu, mon cher Amédée, nous tembrassons de tout notre coeur, ma maman, mon papa et moi qui suit pour toujours ton frère et ami.

Abel Jeandet

 

embrasse  mon oncle pour moi  .

Lorsque tu nous écriras, ce que tu feras bientôt, ne manque pas de nous parler de ton camarade  Galand.

 

Cette lettre donc écrite par Abel est adressée à son frère Amédée  : institution Chapuis , faubourg st martin 164  paris Il semble donc que l’oncle Chapuis tenait une pension à Paris à cette adresse . Il devait donc être maître de pension.

 

 

***

 

1838

 

 

Il y a si longtemps, mon cher Amédée, que tu nas pas reçu un mot de moi, que tu auras peine à reconnaitre mon écriture. Tu mas assez vu et tu étais déjà  assez grand pour savoir combien il men coûte d’écrire, sorte de paresse ou dinaptitude que l’âge ne fait quaugmenter, et dont je vais user dès aujourdhui, tant envers toi quenvers les autres pour me servir dexcuse.

Je te remercie de tous les renseignements que tu nous a donnés pour l’éducation de ta bique. Je pense que tu mets à profit tous ceux qui se sont largement donnés aussi pour la tienne. Je me le persuade dautant plus facilement quil y a quelques progrès dans ton écriture et ton style, on commence à te lire et à te comprendre. Continues et peut être parviendras tu à nous surprendre et à te faire admirer.

Ta maman  est à Chalon depuis trois jours. Elle a mis conformément  à ton avis, la  ??? en cage. Mais cette bête a contracté des habitudes vagabondes et à moins de la tenir en prison, je doute fort que lon puisse len corriger sans lui tordre le cou. Que dirais tu si lon se voyait obligé den arriver là 

Tu parais faire déjà  tes dispositions pour venir passer les vacances. Il parait que Désiré Galland envisage le voyage dune autre manière, quil le regarde comme une perte de temps quil emploiera  utilement où il est. Peut être en y pensant mieux prendras tu le même parti. Informe moi du résultat de ta réflexion à ce sujet.

La maman Satin est avec moi en labsence de ta mère. Elle se porte ainsi que si possible.

Tes compliments ont été portéà leurs adresses. En revanche tu te chargeras de présenter les miens à ton oncle et à Madame de Mauroy.

adieu, mon cher enfant, aime nous comme nous taimons, ton affectionné père

Jeandet

Verdun le 4 juillet 1838

 

***

 

 

1839

 

 

Lettre adressée par Abel Jeandet à son frère Amédée chez son père docteur en médecine,  rue de la chapelle  à Verdun sur le Doubs (  Saône et Loire )

 

 

Dijon 8 juillet 1839

 

 

Mon cher ami,

 

Quoique jai été long à te répondre, jespère cependant que tu ne men voudras pas, et que tu ne douteras pas non plus du plaisir que ma fait ta lettre; Ce que je regrette, cest de nen avoir pas reçu plus souvent de toi. Je comprends toute la peine que tu as du éprouver en quittant notre agréable maison du grand chemin, et cette idée là je tassure ne mafflige pas moins que toi.

Je suis bien aise dun autre côté que tu te sois trouvé chez nous à l’époque du déménagement afin daider un peu maman, à ma place,et de veiller aussi sur mes livres et autres affaires que je confie à tes soins. Maintenant tu es déjà à peu près installé dans notre chambre commune , et je pense que tu as repris tes travaux; du courage à louvrage, mon ami, Labor improbus omnia vincit *?  Travailles donc et amuse toi bien; profite du bonheur si grand et que tu désirais ; celui d’être dans ton pays , au milieu de ta famille qui taime et qui taimera dautant plus que tu laimeras davantage.

Adieu mon cher ami, porte toi bien, je tembrasse de tout mon coeur, et suis pour toujours, ton frère 

 

                                             

***

 

 

Je commençais, mon cher ami, à ten vouloir un peu; je te lavoue, et ta lettre ma fait dautant plus de plaisir que comme tu le sais fort bien je ny comptais guère. Sans te flatter, je ne te cacherai pas que je ne suis point trop mécontent de ton style , il te manque de la pratique que je tengage à acquérir. Je ne regarde pas ce petit billet comme une lettre , une autre fois je t’écrirai plus longuement mais dèà présent y je te remercie des détails que tu me donnes sur nos parents car je suis fort aise dapprendre quils sont en bon chemin.

         Adieu mon cher frère, je te fais grâce de la morale pour cette fois, car je vois que tu es en progrès, puisque tu reconnais tes défauts; je tembrasse en attendant le plaisir de te voir

                                                      Ton frère 

                                                      Abel Jeandet

 

Dijon 29   octobre (?)1839.

 

 

***

 

 

1840

 

 

Jai lu avec bien du plaisir, mon cher enfant,la lettre où tu nous annonçais ton heureuse arrivéà Paris, quoique tu aies eu, comme à ton ordinaire , des vomissements pendant une partie de ton voyage. Je ny ai remarqué que quelques fautes dorthographe dans lesquelles bientôt tu ne retomberas plus avec un peu d’étude et dapplication, et en général jen ai été assez content.

Jai conclu aujourdhui avec M. Bernard laffaire qui te concerne.  à son retour à Paris tu entreras chez lui cest à dire vers le premier ou le 2 janvier prochain. Jai contracté pour toi lengagement de ty laisser pendant trois ans et comme garant de cette promesse, jai pris celui de payer la somme de 1800 francs dans tous les cas. tu vois par là ce que tu as à faire pour que cette charge quelque lourde quelle soit à ma position qui test bien connue, me devienne pourtant facile et même agréable à supporter. Une ferme volonté dapprendre, de la docilité aux conseils qui te viendront de plusieurs et toujours d bonnes parts, des soins, des égards des attentions , des prévenances avec tout le monde afin que tu forces dune certaine façon les autres à en avoir pour toi. Voilà ce que jattends et ce que jai la certitude davance dobtenir de toi. Je suis heureux déjà  dapercevoir dans un avenir peu éloigné la perspective qui test réservée. A ton âge trois ans se sont presque quun point dans la vie et toutefois si tu veux les employer utilement en marchant dans la voie que je viens de tindiquer, tu auras atteint le but le plus difficile de la profession que tu embrasses. cest le moment en effet que tu pourras presque te suffire à toi-même, les élèves qui en sont là recevant, avec la nourriture, un traitement qui nest pas moindre de trois cent francs par an. Comprends tu maintenant combien tu as davantages sur ton pauvre frère qui, après huit ou dix ans d’études aussi arides que variées, est pourtant destiné, comme moi, à nen jamais retirer un grand fruit. Si les larmes que tu as répandues lors de notre séparation, étaient le sincère témoignage de ton affection pour nous tu noublieras pas que je veux quAbel me représente à Paris par rapport à toi, avec un peu de réflexion il te sera doux, jen suis sur davoir pour guide un frère et le plus dévoué des amis.

Ta mère et moi tembrassons tendrement

Jeandet

 

Verdun le 26 décembre 1840

 

***

 

 

Je ne veux pas reprendre à la lettre , mon cher Amédée, tout ce que tu viens de nous écrire sur ta nouvelle position, pour ne pas ajouter à mes ennuis trop réels dautres ennuis peut être imaginaires. En toutes choses les commencements sont toujours les plus difficiles, et tu ne dois pas tattendre à une exception unique en ta faveur. Le temps nest pas loin, je lespère , pù tu m’écriras dune tout autre manière, lorsque les travaux de ta profession te seront devenus faciles par lhabitude de les faire. Tu as appris avec moi et mon exemple te la assez montré que la vie nest point semée de roses mais de ronces, et que la meilleure est celle où lon souffre le moins. Ce serait ici le sujet dun fort long chapitre que nous traiterons un jour ensemble quand nous aurons terminé notre cours de philosophie.

Je désire que dans ta plus prochaine lettre tu nous donnes les détails les plus circonstanciés sur ce que tu fais depuis le moment où tu sorts de ton lit jusqu’à celui où tu y rentres; que tu my parles des jours où ton oncle vient te donner des leçons et en quoi elles consistent; que je sache enfin  si tu as acheté quelques livres et notamment ceux dont nous nous étions entretenus ici, en un mot il faut que tu nous informes de tout ce qui te regarde tant au physique quau mental, mais il faut aussi pour cela que tu prennes ton temps afin que tu puisses ten acquitter  selon nos désirs. tu pourrais y consacrer le premier dimanche où tu auras la permission de sortir et que tu iras auprès de ton frère.

Noublie pas de présenter et de faire agréer nos compliments affectueux à M. Bernard.

Adieu, mon ami, porte toi bien et ama nos sicut te amamus, ton père et ami

Jeandet

  

Mon cher ami il faut ménager tes habits pour ménager aussi notre argent que tu sais être fort court. Cest pourquoi jen dis à ton frère quelques mots quil te communiquera. Nous espérons que tu ty conformeras  par le motif d’économie dont je viens te parler.

Dès que je trouverai une occasion sûre je tenverrai des chemises.

Adieu mon cher ami je tembrasse de tout mon coeur

Ta mère Annette Jeandet née Chapuis

 

Tous les  ??? se portent bien et te font leurs compliments.

 

 

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Date de dernière mise à jour : 13/11/2015