1811 - 1820

 

1811

 

 

« François Philoclès Jeandet est né le 26 novembre 1788 à Verdun sur le Doubs, il ne fréquente pour collège que l’école de cette petite ville ; son seul maître de latin fut un honorable habitant de Ve rdun, M. Chapuis, qui, plus tard, s’estima heureux de le choisir pour gendre. Cependant, à quinze ans, il avait terminé ce qui constituait alors les études classiques, et il se trouvait en état de commencer ses cours de médecine à l’école de Paris, en 1804. Trois ans après ( 2 mars  1807) il était nommé chirurgien militaire, et il quittait Paris pour se rendre à la Grande armée, avec laquelle il fit les glorieuses campagnes de 1807, 1808 et 1809. Les hôpitaux militaires d’Elbing, de Berlin, de Spandau, de Stettin, de l’île de Rugen et de Vienne, les champs de bataille d’Abensberg, de Landshut, d’Eckmul, de Ratisbonne, d’Essling et de Wagram furent témoins de ses fatigues et de ses travaux; c’est sur ce dernier champ d’honneur, le 6 juillet 1809, qu’une balle lui fracassa une partie des os du crâne, blessure qui nécessita l’opération du trépan. L’empereur Napoléon 1°, sur le compte qui lui fut rendu par le ministre de la guerre des services et blessures du chirurgien sous-aide-major François Jeandet, lui accorda une pension de retraite par décret du 14 juin 1810. Sa carrière militaire se trouvait terminée, et sa vie elle-même sembla toucher à son terme. Mais cette vie de 21 ans, déjà si remplie de peines et labeurs , n’était qu’à son début. La providence lui réservait d’autres peines, d’autres labeurs et une autre gloire. Elle allait la développer sur un autre champ de bataille, ou l’humanité ne répand que des larmes consolatrices et des secours. »

 

François Philoclès Jeandet est revenu à Paris pour reprendre ses études. il y restera jusqu’en janvier 1814. Pendant cette période , il écrit à son père plusieurs lettres ;  En 1811 il a 23 ans.

 

 

 

***

 

 

Paris le 16 mars 1811

 

 

Si je n’éprouvais chaque jour, mon cher père, quelque nouvelle marque de votre attention pour moi, je croirai à l’interruption si longtemps prolongée de notre correspondance, que la froideur et l’indifférence auraient succédé aux sentiments d’une amitié autrefois si vive et si souvent exprimée. Voila bientôt six mois que je suis à Paris, et je n’ai encore qu’une seule lettre écrite de votre main…. Vous le savez, mon cœur  ne peut point en être complice…. mille fois pendant le jour je me rappelle vos soins, vos bontés, votre amour…. peut être avez vous le droit de me taxer de la plus coupable paresse , mais loin de vous l’idée ou vous pourriez être que je devienne jamais ingrat….

Lorsque je reçu les soixante francs que vous m’avez fait tenir à l’ordre d’un billet de Mr. Mallard, Gran se présenta le lendemain chez moi, m’annonçant qu’il venait d’être nommé fourrier, que le nouveau grade l’obligeait à quelques dépenses pour son habillement et me pria de lui prêter vingt francs. Son besoin paraissait urgent, j’aimai mieux me mettre à la gêne que de refuser, je les lui donnai… aussi ai-je bientôt éprouvé ce que je craignais; Depuis le temps et après avoir liquidé quelques dettes , je n’ai pas eu un denier, contraint de proportionner mon régime avec mes moyens, je me suis mis à une diète purement végétale, mangeant du pain et buvant de l’eau…. ma sensualité en souffre furieusement mais je ne crois pas que cette manière de vivre puisse influencer sur la santé générale…. Je dis plus, je dois en retirer un avantage immense…. un palais accoutumé de longtemps aux mets les plus sapides et les plus savoureux , perd bientôt la faculté de sentir; son goût blasé n’est plus réveillé par les liqueurs les plus fortes et les ragoûts les plus épicés…. qu’il fasse cesser pendant quinze jours les excès déréglés , qu’il substitue à la richesse et à la somptuosité des festins, le pain sec et l’eau claire et vous le verrez recouvrir enfin l’appétit le plus vif et le plus exquis. Je suis presque dans ce cas , aussi au premier bon repas que je ferai je me prépare par mon régime actuel les jouissances  les plus délicieuses….. Voila une foule de balivernes qui m’on fait oublié ce que je vous disais….. Je lis ma lettre …. je trouve qu’il est question de Gran…. Son père a été probablement averti par lui de nous remettre la somme que je lui ai prêtée, vous lui joindrez donc avec la première réception que vous ferez de ma pension.

L’empereur accorde aux militaires retraités une quantité considérable de places…. il pourrait se faire que les préfets qui ont eu des ordres à cet égard, fissent publier dans les départements que les pensionnés qui habitent l’intérieur de leur dépendance eussent a adresser leur demande à la préfecture pour obtenir quelques unes de ces places. Il n’en est aucune que je ne sois à même de remplir et j’ai des droits plus qu’un autre pour solliciter, non que je veuille quitter mon état, mais il en est ou je me ferai fort bien remplacer ; par exemple un entrepôt ou simplement un débit de tabac est une chose qu’une femme peut fort bien faire marcher. une de mes soeurs se chargerait de cela  et quelque mince que fut le produit il serait toujours proportionné à la peine qui est presque nulle; Informez vous donc si on ne cherche pas à trouver un militaire pour un emploi, faites présenter au préfet la pétition pour moi et je vous réponds qu’elle ne sera pas refusée.

Vous avez deviné par le second paragraphe de ma lettre que je suis très pauvre et que j’ai le plus grand besoin de recevoir la pension le plus tôt possible . Si vous vouliez y joindre  aussi quelque chose, je crois que cela n’y ferait pas de mal. Nous voila au printemps et j’ai une nécessité indispensable  de m’habiller de pied à la tête . Il faut diablement d’argent à Paris pour s’habiller….

Avez vous des nouvelles de Jeandet notre nouvel Alexandre ? où est Pierre  sera-t-il bientôt à Paris ? le cousin Desuelle est parti ?

Faites mes compliments à mes sœurs et mes beaux frères , à toute notre famille en général, embrassez le petit neveu. Voila bientôt le temps le plus propice pour le faire vacciner. 

Mes respects à Mr. Chapuis , sa dame à sa demoiselle  et à son fils.

Adieu mon cher père embrassez mille fois pour moi la mère la plus digne d’être aimée Votre fils Jeandet

J’attendrai votre réponse avec impatience.

J’écris à cadet aujourd’hui une lettre plus longue que celle ci et par conséquent beaucoup plus ennuyeuse…

 

 

 

***

 

 

Paris le 29 octobre 1811

 

J’ai reçu mon cher père la lettre du cadet ou vous me faisiez passer le feuillet d’un somme d’argent que j’ai fait toucher aussitôt chez Mr Menard. Vous  paraissez être disposé à envoyer à Paris notre frère pour le rendre propre après quelques mois à remplir la place qui lui est destinée. Dans une de mes précédentes lettres, je vous écrivais longuement sur cet article. Vous ne l’aurez point oublié pour que je sois obligé d’y revenir : les avantages et les inconvénients y ont été jugés, vous avez été à même de supposer leur valeur ; tout enfin est résolu, le départ va s’effectuer. en usant d’une économie que cadet ne connait pas encore, mais  je vais lui apprendre, les 1000 francs que vous nous offrez sans y comprendre ma pension seront suffisants, car cette somme qui vous parait  assez forte  et qui l’est en effet dans un pays comme le notre se dissipe ici avec une rapidité merveilleuse quand on a dans Paris deux personnes à loger, chauffer, habiller, chausser, coiffer, nourrir, payer des cours, des inscriptions, acheter des livres etc, etc…

Soutenir un pareil entretien avec semblable somme, paraîtra à tout le monde une chose absolument impossible. Je ne puis vous donner plus  ample développement, je n’ai qu’une feuille de demi-feuille de papier pour vous éviter un port de lettre trop cher. je me hâte de terminer.

Je crois vous avoir déjà dit que ma maladie était des douleurs de tête intolérables. Voici ce qui se produit : je néglige depuis longtemps de porter sur la plaie résultante de mes blessures une plaque de métal qui la garantisse de l’action et de choc d’un corps extérieur, j’eus le malheur dernièrement de me heurter légèrement cette partie; de là déchirure à la cicatrice, plaie nouvelle, douleur à la tête et autres accidents qui m’ont forcé d’entrer à l’hôpital . Depuis ce moment, quoique j’éprouve un mieux dans mon état, la plaie refuse de se fermer et je suis contraint de rester pour encore longtemps dans l’endroit où je suis.

J’ai reçu il y a quelques jours, une lettre de mon oncle François; lui et son épouse se portent bien: la petite nièce est toujours dans la même position.

                  Adieu mon cher père , embrassez pour moi notre bonne mère, mes compliments à toute notre famille

voter fils Jeandet

Témoignez à ma sœur  cadette la sollicitude ou je sais son nouvel état et l’impatience que j’ai d’apprendre son heureuse délivrance dans ses couches prochaines. Répondez moi à l’adresse que j’ai indiquée à cadet.

 

 

***

 

 

 

 

1812

 

 

Son frère « cadet » a rejoint lui aussi la capitale, pourquoi faire ?

 

 

 

Paris le 1° janvier 1812

 

Mon cher père et ma chère mère 

 

Si dans la dernière lettre que vous avez reçu de nous, vous n’avez point été satisfaits de n’y point rencontrer de mon écriture, vous auriez du penser que ce n’est point un oubli volontaire, mais le désir de laisser à cadet assez d’espace pour vous parlez longuement de son voyage et des différentes sensations qu’il a éprouvé en arrivant dans la capitale. Je lui abandonne d’autant plus volontiers le privilège que me donne mon titre d’ainé pour m’entretenir avec vous , que par là je le forme à l’habitude d’écrire, de raisonner, habitude qui est pour lui de la plus grande importance. Aujourd’hui, cependant revendiquant mes droits, je viens mes chers parents, en son comme au mien vous présenter les voeux que nous adressons pour votre félicité au renouvellement de cette année. Mais non, ce n’est point aujourd’hui seulement que nos prières se portent vers le ciel pour en obtenir tout ce qui peut nous intéresser. Chaque jour, chaque heure, chaque minute il reçoit les mêmes voeux . songera-t-il les entendre et les exaucer.

J’ai appris par une voie indirecte une nouvelle,  une nouvelle qui nous tient dans la plus grande inquiétude, on dit que différents incendies ont eu lieu dans les environs de Chalon et dans Verdun même. Ne perdez pas un instant pour nous rassurer à cet égard.

Obligé de sortir pour courir à une leçon, je laisse à cadet le soin de finir cette lettre et de vous parler de nos petites affaire ménagères. 

                         Adieu mon cher père, embrassez mille fois pour moi  la meilleure des mères , mes compliments à toute                                            notre famille. Votre fils 

                                                               Phil Jeandet

 

Vous nous demandez, mon cher père, un détail de nos dépenses.  L’aperçu que je vais vous en tracer vous fera voir si ce que vous nous envoyez est capable de suffire à nos besoins. trois mois de logement à 24 francs par mois font déjà 72 francs . Acheter du bois 25 francs au moins, 48 francs que mon frère sera obligé de donner pour pouvoir disséquer pendant cet hiver. trois mois de cours de mathématiques à 14 francs par mois 42 francs . Toutes ces différentes sommes prélevée sur notre trimestre il nous resterait à peu près 160 francs or sur cette dernière somme  il faut encore prendre pour acheter plusieurs livres de mathématiques dont j’ai grand besoin, se vêtir, se blanchir et encore de plus se nourrir. Pour peu que vous y pensiez vous même, vous apercevrez qu’il est absolument impossible de satisfaire à toutes ces choses. D’après ce que vous donnez à Chalon pour ma seule nourriture, jamais si je ne le voyais moi même je ne me serait fait une idée de la manière dont vivait mon frère; du pain et de l’eau voici ce qui a composé le plus souvent sa nourriture et qui sera désormais la notre car avec si peu il est impossible de se promettre autre chose et bien heureux encore si avec une telle abstinence on parvient à ne pas manquer.

Voici mon cher père , les détails que j’ai jugé indispensables de vous faire afin de vous donner une entière connaissance de notre situation actuelle et future. Hâtez vous après cette lettre reçue  d’y mettre fin en nous envoyant le plus promptement possible le montant de notre trimestre auquel vous joindrez la pension de mon frère quand bien vous ne l’aurez point touchée. 

Nous avons reçu ces jours derniers une lettre de notre frère   Pierre  Il est toujours malade. Donnez nous des nouvelles de Pierre.

Nous n’avons aucun moyen de vous faire passer nos lettres, vous qui connaissez la plus grande partie des conducteurs , vous devriez en prier un de se charger de nos lettres et nous donneriez son adresse.

Nous avons écris à notre oncle le Chanoine. Adieu, mon cher père, embrassez pour moi notre bonne mère, 

votre fils

 C Jeandet

Mille assurances de notre attachement à toute la famille, embrassez pour nous le petit neveu.

notre adresse : chez Mr Rebillard rue des noyers n°22

 

 

 

***

 

 

 

Paris le 13 juin 1812

 

 

Mon cher père,

 

En recevant le dernier argent que vous me fîtes passer pour prendre mon inscription, je croyais pouvoir vous en accuser la réception au bout de quelques jours et après avoir terminé tout ce quil y avait de relatif à cette affaire; mais jai été grandement trompé : obligé de solliciter comme une faveur, une chose qui m’était légitimement due, le droit de payer ensemble le reste de mon inscription. Jai attendu jusqu’à présent la réponse quon ferait à ma demande, cependant tout est achevé, on maccorde ce quil était légalement impossible de me refuser et avant huit jours jaurai probablement passé mon premier examen.

Nous avons eu le plaisir de voir notre oncle François qui est à Paris depuis quelques jours; il sest informé avec le plus vif intérêt de tout ce qui regarde cadet et son intention parait être de laider à entrer dans une carrière que notre jeune homme brûle de parcourir. Je crois vous avoir déjà parlé de l’école polytechnique , de cet endroit ou se forment les jeunes gens qui sortent de là pour aller peupler le civil et le militaire dhommes vraiment profonds; cest à cette école célèbre que cadet désirerait parvenir, mais avant tout il faudrait quil restât  encore un an à Paris pour prendre linstruction nécessaire à celui qui sy destine, car ici, avant que d’être écolier, il faut dabord être savant. La pension quand on est reçu, est de 800 francs par an et de plus en entrant, un trousseau de 500 francs à peu près. Le terme ordinaire de leur séjour est de deux ans. Employés lorsquils sortent dans les ponts et chaussées ou dans le génie militaire, leur sort ne peut être que très brillant et ils sont en droit à prétendre aux places les plus éminentes. Eh bien! voici quelle est lintention, de mon oncle : chaque mois il veut donner à cadet trente francs pendant le temps qui lui restera avant que de se présenter au concours et il se propose de commencer cette marque de bonté pour nous dès le 1° juillet : il fait plus il paye la première année de son entréà l’école et pour prix dun si grand bienfait il nexige de nous que le plus inviolable secret Dans une circonstance aussi heureuse, je nai point douté que vous nacheviez le reste  du sacrifice, il sagit mon cher père dun bonheur inespéré pour lun de vos enfants, à cette seule pensée votre cœur  paternel a déjà confirmé nos espérances. Mon oncle désire aussi de votre part que vous teniez la chose cachée, ma mère seule doit en être informée et dans les lettres que vous pourriez lui écrire, vous vous garderiez de lui en parler.

Nous avons eu mon frère et moi, le plaisir de dîner hier chez Mr Bertaud. Après s’être informé de votre santé et de celle de notre mère il ma chargé en particulier de vous présentez ses compliments.

Nous avons écrit  il y a quelques temps à Pierre  et nous navons point eu de réponse, ne serait-il pas de retour chez nous et serait-il enfin venu pour supporter une partie de vos durs travaux. Vous navez point oublié sans doute la promesse  que vous nous avez faites de venir à Paris, pourquoi surtout décideriez vous pas bientôà leffectuer, un mois dabsence serait certainement très dure à supporter pour notre mère, mais ne devrait-elle pas être parfaitement tranquille, quand elle saurait davance que le voyage ne peut que vous être favorable sous tous les rapports. Vous avez à Esman dans la maison de mon oncle  un ??? pour vous reposer quelques jours de la fatigue de la route et ???? deviendra votre conducteur ensuite jusque dans la capitale ou nous mettrons tout en œuvre pour vous laisser le temps de vous apercevoir  que vous êtes dans un pays étranger.

Adieu mon cher père et ma chère mère, je vous embrasse ainsi que toute la famille.

votre fils Jeandet

 

 

Il me reste , mes chers parents à vous informer de Mr Gaudriot, il parait que tout espoir dobtenir une place serait désormais inutile, il a écrit et na reçu aucune réponse. Je dois déjeuner avec lui dimanche prochain et il partira la semaine suivante. Si nous avons reçu votre lettre avant son départ, je linformerai de mes projets. Il retourne à Verdun, vous le verrez et si je ne pouvais pas lui parler de mes affaires  vous lui diriez, en le remerciant en même temps des deux années quil ma fait perdre de sa bonté pour moi.

Adieu mon cher père et ma chère mère je vous embrasse ainsi que toute la famille.

Votre  fils Jeandet cadet

 

Dites nous comment va votre affaire de famille; à quel point elle en est… Nos compliments à notre oncle Fertiaud?

 

 

***

 

 

 

 

1813

 

 

Paris le 10 décembre 1813

 

 

Mes chers parents,

 

Mr Duhesme m’a remis il y a deux jours votre lettre et l’argent que vous y aviez joint. J’ai revu avec un plaisir bien ce monsieur dont j’ignorais le sort et dont les talents et la bravoure lui ont déjà mérité un grade supérieur. J’ai déjeuné hier avec lui et son départ de Paris est fixé, je crois , à demain . Ce soir je dois aller  pour lui faire mes adieux . Puisse le ciel le conserver aussi longtemps que son amitié me sera chère.

Je comptais vous apprendre par cette lettre que ma thèse présentée et reçue, ne tarderait pas à être soutenue. Mais j’ai trouvé un obstacle que j’avais presque prévu et dont je vous avais parlé avant mon départ. Sans doute, vous vous rappelez quelques unes des idées libérales que j’ose y proférer et dont je vous ai donné communication. A notre école, les thèses passent par un conseil qui nomme un président pour en prendre connaissance et en faire ensuite le rapport. Par une fatalité qui s’attache à me poursuivre toujours, j’eu pour président un de mes professeurs des plus érudits et le plus diamétralement opposé à ma profession de foi; je lui présentai ma thèse qu’il garda pendant huit jours, me priant de repasser chez lui à cette époque. J’y allais au temps qu’il m’avait prescrit et alors s’engagea une discussion de plus d’une heure  ou il chercha à renverser toutes mes propositions . Je soutins la dispute avec d’autant plus de chaleur que je m’aperçut bientôt de la faiblesse de mon adversaire occasionné pourtant seulement par la nature même du sujet de nos débats, la bonne cause se trouvant entièrement de mon coté. Cependant à quelques provocations étrangères à la nature de la discussion de la part du professeur , je pris feu, le résultat de toute cette controverse fut que le professeur refusa nettement de vouloir présider une thèse dont les idées avaient le malheur  de ne pas cadrer avec les siennes. Je sortis emporté  par un mouvement de colère dont j’avais peine à modérer l’éclat. J’allai me  ???? auprès de mon ami Remusat quel parti il me restait à prendre. Nous convînmes qu’il fallait insister sur la représentation et je portai encore une fois ma thèse pour obtenir un nouveau président. Il a été désigné aussitôt. J’attends avec la plus vive impatience le fait qu’aura produit une telle audace. Quoiqu’il en arrive je vous en instruirai tout de suite  et dans les cas où j’aurais le même désagrément , il faudra peut être faire une thèse sur un autre sujet. Mais alors je saurais punir publiquement leur pouvoir tyrannique  Ne vous inquiétez pas au reste de tout ce petit grabuge , riez en comme moi, parce que l(issue ne peut être que comique.

Je n’ose pas vous parler de Pierre. Ce malheureux jeune homme sera toujours la cause de peines toujours renaissantes pour la famille. Dites moi ce que vous faites pour lui, ce qu’on vous fait espérer, ce qui est peut être déjà achevé. Instruisez m’en tout de suite. Mr bureau, je crois, ne saurait rien faire pour lui. le préfet seul pourrait tout, un pouvoir absolu est entre ses mains.

Je ne sais pas que vous dire de  Vernaud(?) le dépôt de lait dont vous me parlez, ne me suffit pas pour pouvoir me guider dans la méthode de traitement qu’il convient de suivre car, ou bien des rhumatismes, des maladies de bien des espèces en sont souvent la conséquence et vous ne me dites pas celle dont elle est attaquée. Cette fièvre continue doit se guérir par la diète et par l’usage très simple de quelques  ????? comme la gentiane dont j’avais voulu qu’elle prit avant mon départ. Si elle avait suivi mes conseils alors elle se porterait parfaitement bien à présent . La diète, la tranquillité d’esprit et du temps voila trois remèdes principaux et dont elle doit attendre la guérison.

Vous me feriez beaucoup de plaisir si vous pouviez me faire préparer de la farine de gaude Mr Remusat désirerait en avoir et m’en a demandé. Vous l’enverriez par un conducteur  à l’adresse de Mr Gaudelle et vous m’en préviendrez par une lettre.

C’est Mr Bouvet qui vous remettra cette lettre . Mr Gautheret s’est bien accoutumé ici et se porte à merveille.

J’ai écrit et reçu de mon oncle Fortault une lettre.

                                    Adieu mon cher père, embrassez ma bonne mère ,                                  mes compliments à toute notre famille, votre fils

                                                                        Jeandet

 

Je suis pressé et cette lettre s’en ressentira , excusez moi et ne la montrez à personne pour m’éviter le reproche de ne pas savoir écrire.

 

***

 

Sa thèse de docteur intitulée : réflexions sur la nature  et le traitement  de la fièvre ataxique aigüe , dédiée à la mémoire du plus jeune de ses frères  mort à l’âge de 17 ans, de cette même maladie, renfermait des aperçus si nouveaux, aperçus pleinement justifiés depuis par l’expérience, qu’elle souleva à l’école de médecine  de Paris  un orage et des discussions ( 28 décembre 1813), dont le candidat sorti victorieux à la confusion de quelques professeurs arriérés de l’école.

extrait de la biographie tirée elle même de la Revue d’ Autun, du 17 juin 1860.

Il s’installe après l’obtention de sa thèse à Verdun sur le Doubs.

Il se marie le jeudi 20 juillet 1815 avec Anne Chapuis née le 3 janvier 1795. Leur premier enfant Abel Jean Pierre naîtra le 17 septembre 1816 à Verdun sur le Doubs.

il repart pour Paris de 1824 à 1826 

 

 

 

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Date de dernière mise à jour : 13/11/2015